L’actualité des livres sur Haïti

Les murs s’effondrent et les écrivains ne tarissent pas de mots pour dire la catastrophe et raconter l’île. Entre autres textes édités ou réédités, la publication de Haïti : l’insuportable souffrance, de l’Américain Randall Robinson, est avancée au 18 février. Retour sur l’abondante bibliographie autour d’un pays meurtri.

Le contexte appelle le commentaire et, face à la catastrophe, les préfaces actualisent leur propos. L’écrivain, avocat et activiste américain Randall Robinson, proche de l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, livre un document coup de poing avec Haïti : l’insupportable souffrance, paru aux Etats-Unis en 2007. L’ouvrage sort en France de manière anticipée le 18 février, chez Alphée-Jean-Paul Bertrand, préfacé par Claude Ribbe, directeur de la collection «Ethiopica» dont fait partie l’ouvrage. Est également annoncé pour mars chez Philippe Rey, l’ouvrage de Louis-Philippe Dalembert et Lyonel Trouillot sur La littérature haïtienne aujourd’hui. Et si la littérature ne peut seule rendre compte de la situation du pays sinistré, nombre de livres ont, en outre été publiés en France sur l’histoire, la culture, la situation économique et politique de Haïti chez L’Harmattan, Maisonneuve et Larose ou encore Karthala, éditeur français de référence en histoire, géographie, anthropologie et géopolitique.

À redécouvrir aussi chez les éditeurs spécialisés :
Michel-Etienne Descourtilz, Un naturaliste en Haïti aux côtés de Toussaint Louverture, Cartouche, 2009
François Blancpain, Haïti et la République dominicaine, Ibis rouge, 2008
Jean-François Brière, Haïti et la France (1804-1848) : le rêve brisé, Karthala, 2008

L’Agrégé de Bruno Schnebert (Editions Le Cherche Midi, 2010)

 

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Un thriller médical dans lequel « si rien n’est vrai, tout est authentique. »

Les internes de la promotion du docteur Robert Deplanque ont souvent plaisanté entre eux : « Le problème avec Robert, c’est que pour être nommé agrégé, il marcherait sur les cadavres de ses collègues ! »

Et si c’était vrai ? Si le docteur Robert Deplanque mettait son ambition au-dessus de tout ?

Son destin était pourtant tout tracé. Jeune cardiologue né avec un « stéthoscope doré » autour du cou, son ambition de devenir professeur agrégé dans le prestigieux service de cardiologie parisien où il est chef de clinique après y avoir été un brillant interne semblait tout à fait justifiée. C’était sans compter avec la concurrence rude et impitoyable dans ce milieu. Pour réussir, Robert allait-il être obligé d’employer des moyens fortement réprouvés par la morale ? Lui faudrait-il aller jusqu’à tuer ? Lui, le médecin, le soignant, le cardiologue formé à sauver des vies ?

Dans ce roman riche en péripéties non dénuées d’humour noir, on découvre le véritable parcours du combattant qui était la réalité d’une carrière médicale hospitalière réussie dans les années 1970.

Le chemin de Robert sera malheureusement parsemé de quelques décès suspects… le plus souvent utiles à sa carrière. Mais sera-t-il finalement nommé agrégé ?

Bruno Schnebert est cardiologue depuis 1988. Il a publié en 2007 Soigner l’hypertension artérielle, dans la collection « La santé en questions », dirigée par Martin Winckler, chez Fleurus. C’est aussi Martin Winckler qui a publié sa nouvelle « Bienvenue au club » dans son anthologie Noirs Scalpels, parue au cherche midi dans la collection NéO en 2005.

La Prophétie Charlemagne de Steve Berry (Editions Le Cherche Midi, 2010)

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 Steve Berry est sans conteste le maître du genre. » Dan Brown

Avec cette nouvelle aventure de Cotton Malone, vendue à plus de dix millions d’exemplaires à travers le monde et qui, selon The New York Times, « porte le genre à sa perfection », Steve Berry nous livre son chef-d’oeuvre.

An 1000. Aix-La-Chapelle. Othon III, roi de Germanie, pénètre dans le tombeau de Charlemagne, inviolé depuis 814. Parmi de nombreuses reliques, il y découvre un étrange manuscrit, couvert de symboles inconnus.

1935. Allemagne. Himmler crée un groupe spécial d’archéologues et d’ésotéristes chargés de se pencher sur les racines de la race allemande, des Aryens aux chevaliers teutoniques. Dans la sépulture d’un proche de Charlemagne, ceux-ci trouvent un manuscrit montrant les mêmes symboles que ceux découverts neuf siècles plus tôt à Aix-la-Chapelle.

2008. Afin d’élucider la mort mystérieuse de son père, Cotton Malone va devoir déchiffrer les énigmes entourant ces deux manuscrits. Du coeur de l’Allemagne aux glaces de l’Antarctique, en passant par un monastère de la région de Toulouse, c’est un puzzle passionnant qui l’attend, à travers l’histoire, les cultures et les civilisations.

Fourmillant de détails, depuis le formidable bouleversement du savoir à l’époque de Charlemagne jusqu’aux expéditions nazies au pôle sud et au Tibet, ce roman exceptionnel ensorcelle le lecteur de la première à la dernière ligne.

L’Invention de l’écriture de Philippe Bordas (Editions Fayard, 2010)

 

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Il arrive que l’écriture naisse d’un humain, lettres et syllabes, qu’un alphabet naisse sous nos yeux.

Un enfant ivoirien fuit le travail forcé et devient le meilleur apprenti de la langue des Blancs.

Il décide d’offrir un alphabet à son ethnie privée de lettres et soumise aux lois d’Occident.

Il invente une écriture authentique d’Afrique et réalise la forme verbale de l’insurrection.

Je vais parler de Bruly Bouabré, poète, prophète, encyclopédiste, le plus fort exemplaire poétique vivant.

Thierry Hesse, Démon

Avec Démon, Thierry Hesse parcourt l’histoire de la fin du XXe siècle et notre actualité. Lev Rotko révèle à son fils Pierre, journaliste et grand reporter, ses origines qui le mèneront en Russie.

Démon, le titre est singulier, d’autant plus que, des sales types, le livre en regorge, à moins que ce démon-là ne soit pas le diable qu’on croit. Pierre Rotko, qui vit et raconte l’histoire (l’Histoire ?) qu’on vient de lire, qu’on lira, et qui en a peut-être choisi le titre, se décide, page 191, à ouvrir un dictionnaire, il est en convalescence, on vient de lui sauver une jambe criblée de balles, un petit dictionnaire. Démon. «Ce midi j’ai copié dans un cahier les différentes définitions d’un article du dictionnaire : 1. Ange déchu, révolté contre Dieu, et dans lequel repose l’esprit du mal. 2. Personne néfaste, méchante. 3. Être surnaturel, inspirateur de la destinée d’un homme, d’une collectivité. 4. Puissance, force spirituelle. Merveilleux dictionnaire. Que le même mot puisse recouvrir des sens aussi contradictoires. Qu’y a-t-il de commun entre Satan, le prince des ténèbres, et ce génie ou cet esprit intime qui en novembre m’a incité à partir pour Grozny?» Et à se faire ratatiner la jambe par une salve invisible, assassine, qui ne le concerne peut-être pas. Le démon de savoir, le démon de comprendre, le démon de ressentir, de défier l’hébétude devant l’aveuglant malaise d’être le fils de cette Histoire. Pierre Rotko a choisi du démon le petit 4 du dictionnaire : puissance et force spirituelle, au risque de la vanité des choses.

Il est journaliste, grand reporter, familier de et effaré par les malheurs du monde, les guerres, les inondations, la catharsis du déluge, et la folie de tuer. Son père Lev est avocat, il est né russe de Franz et Elena, à Stavropol, dans le sud du pays, il a fui l’Union soviétique le jour de la mort de Staline et a tenté toute sa vie de tuer sa mémoire, de s’abîmer dans la réussite de son assimilation française, d’oublier ce qu’il fut et de tenter de croire à ce qu’il est devenu. Lev a épousé une Alsacienne, et tout ce qui s’enfuit lui revient au bord des lèvres à la mort de sa femme. Lev se laisse partir à la dérive et raconte toute son histoire, presque toute, à son fils unique : Elena et Franz, ses parents juifs et russes, assassinés par les nazis en 1943 - il ne sait rien des circonstances, ils ont eu le temps de confier le petit Lev, il a 9 ans, à un couple qui l’élèvera jusqu’à sa fuite sans jamais plus le revoir. Pierre écoute et retranscrit le récit de son père. Quelques années plus tard, il retrouve son père pendu à un tuyau dans son appartement bourgeois de Paris.

Pierre Rotko veut savoir, veut comprendre. Pas seulement par les livres, le travail, la documentation, le peu d’indices que lui a laissé son père, il veut ressentir dans sa chair, dans son esprit, dans le mystère de son identité de demi-Juif, l’effarement paralysant, l’impuissante abnégation ou l’honneur de la révolte vaine devant l’irréalité bien réelle du génocide. Ce désir est son démon, il part pour la Tchétchénie : « Bien entendu, depuis 1942, il y avait eu sur la planète d’autres victimes. De par mon métier, j’en avais été plusieurs fois le témoin. Cependant, était-ce parce que Grozny est à côté de Stavropol, parce que la force des uns et la faiblesse des autres, comme dans l’histoire des Juifs, sont tellement inégales là-bas, je ne doutais plus que les Tchétchènes fussent les Juifs d’aujourd’hui, même si, en l’écrivant, en y pensant seulement, je devinais combien cette opinion me serait reprochée », page 345.

Pierre Rotko, le narrateur, et Thierry Hesse, l’auteur, ont le même âge. Le premier est journaliste et vit à Paris entre deux reportages, Hesse vit à Metz où il enseigne la philosophie. Tous deux ont travaillé des années, ont écumé des bibliothèques, pour connaître l’histoire qu’ils racontent ; Rotko a appris à écrire dans les journaux, ce n’est qu’en relisant, recopiant, reliant ses notes qu’il s’avoue page 364 : « Je me surprends d’avancer aussi vite. Je ne me contente pas de reprendre, je complète, je développe ; j’écris. J’écris beaucoup même. Cela ressemble de plus en plus à un livre. » On imagine que Hesse aurait pu, lui aussi, écrire ces phrases, surpris d’être allé aussi loin, lui qui avait donné à ce jour deux livres minces, plus fins que minces, Le Cimetière américain et Jura (Champ Vallon, 2003 et 2005), qu’on avait admirés et salués pour leur justesse, leur étrangeté et la précision de l’écriture, une musique de chambre à la fois harmonieuse et grinçante. Et le voilà, tel le rossignol, l’oiseau de bon augure de Gianni Esposito : il écrit l’Histoire.

Démon est composé. Et le souffle de cette Histoire qui devrait tout emporter se cogne dans le labyrinthe d’une chronologie brisée, sans jamais se perdre ni perdre de sa puissance, pour secouer le lecteur, le tenir éveillé, lui glacer le cou et le porter vers l’épilogue, groggy et exaucé. Aux événements historiques connus, exacts, vérifiés, Thierry Hesse donne l’épaisseur du roman, c’est-à-dire l’épaisseur humaine, l’effet de réel supplante thèses et commentaires par le miracle de l’écriture. À la mort de Staline, à la prise des huit cents otages dans un théâtre de Proletarskaïa, aux bombardements de Grozny, dont nous savons tout, nous y sommes pour la première fois grâce au fil rouge d’humanité qui ligote le livre. De Stavropol à Caen, de Saguenay à Luanda, entre ces cartes battues pour être redistribuées par la maîtrise de la narration, le lecteur suit sans trébucher la boussole de ce Démon. Sauf une fois, chapitre 54, pages 377 à 389, douze pages pour dire que le pied de Sandrine Tourneur a gonflé et que, sur la vedette qui l’emporte vers Granville, elle ne sait plus remettre ses sandales neuves. Un chapitre de côté, Rotko est à Caen, il tente de reprendre du service au journal, chroniqueur sur un procès qui ne l’intéresse pas. Sandrine fait un cauchemar, son pied a gonflé. Le souffle du récit a fait un détour pour nous dire avec la chair de poule que les quatre acceptions du mot « démon » cohabitent en chacun de nous et que ce gros livre sans gras est un exorcisme. À la toute fin, un index de 233 noms rappelle le fourmillement des personnages du livre ; à côté des figures imposées par le romanesque, tous les grands de ce monde y sont, de De Gaulle à Ben Laden, sauf Poutine (il est présent, il n’est pas nommé), en passant par Sandrine Tourneur, née en 1951, qui vit à Bayeux, sans emploi, dans ses petits souliers.

Les traîtres de Thierry Bourcy (Editions Folio, 2010)

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Mars 1917. La guerre s’intensifie. Les permissions n’empêchent pas les mutineries brutalement réprimées. Des dizaines de poilus sont fusillés. Le soldat Célestin Louise, policier dans le civil, s’étonne chaque matin d’être encore en vie au fond de sa tranchée. Un des hommes de sa compagnie, en dépit des bombardements, se risque souvent, à l’aube, à pêcher dans les eaux glacées d’un lac qui sépare des tranchées ennemies. Ses prises miraculeuses amènent de l’espoir et du rêve au beau milieu du carnage. Ce matin-là, pourtant, c’est un cadavre qui s’accroche à la ligne, celui d’un fantassin français tué d’un coup de couteau en plein cœur. Traqué par la police militaire et chargé de l’enquête par une hiérachie ambiguë, Célestin Louise va devoir prendre le risque fou de déserter pour comprendre les raisons de ce meurtre. Derrière l’exécution de ce soldat semble se cacher l’un de ces secrets inavouables qui naissent des grands conflits…

Nintendo s’associe à Gallimard pour un projet de bibliothèque numérique

La console Nintendo DS se fait bibliothèque portative avec la sortie du logiciel « 100 livres classiques », en vente le 5 mars.

Maupassant, Molière, Baudelaire… Les éditions Gallimard ont sélectionné cent titres issus du catalogue « Folio Classique » pour ce projet de bibliothèque portative et interactive. En utilisant le format d’une cartouche DS, qui compte quelque huit millions d’utilisateurs, le livre numérique devient aussi accessible qu’un jeu vidéo. En tenant sa console à la verticale, comme un livre, chacun pourra naviguer à sa guise parmi les chefs-d’œuvre de la littérature française et étrangère. « 100 livres classiques » proposera en outre une présentation de l’auteur et une introduction au texte. Comme l’explique le directeur commercial de Gallimard au journal Livres Hebdo, « L’intérêt de ce partenariat réside dans la possibilité d’amener vers la lecture un public plus jeune, en proposant de grands textes classiques dans un univers a priori ludique ». Conçu pour les consoles Nintendo DS, DSi et pour la prochaine DSi XL, « 100 livres classiques » sera disponible le 5 mars, en attendant une version allemande déjà en projet.  

James Ellroy, Underworld USA

Underworld USA de James Ellroy est le dernier volet de la trilogie commencée avec American Tabloid.

Comment reconnaît-on un romancier de génie ? À sa capacité à imposer sa vision du monde, même quand celle-ci semble éminemment subjective. Ainsi le maître du polar James Ellroy, qui, dans son dernier livre, Underworld USA, déploie tous ses moyens narratifs et une armée de personnages pour nous rallier à son joyeux credo : l’histoire des États-Unis s’assimile à un vaste roman noir, avec le crime pour moteur principal et la lutte des classes ou des minorités comme outil de propulsion très auxiliaire. Cette idée paranoïaque affleurait déjà dans nombre de ses douze romans précédents, tels Le Grand Nulle Part ou Le Dahlia noir. L’auteur s’y servait de l’enquête policière non comme d’un prétexte, comme beaucoup, mais comme d’un véhicule pour explorer une époque (les années 1950) et des milieux (du crime, du syndicalisme, du cinéma, du PC californien…).

Sa trilogie américaine, dont Underworld USA constitue le troisième volet, procède du mouvement inverse : au lieu de partir du polar pour écrire l’histoire, James Ellroy part de celle-ci pour écrire un roman policier. Et démontrer que les séismes qui ont agité l’Amérique du XXe siècle - Vietnam, baie des Cochons - trouvent leur origine dans un milieu souterrain (underworld) et criminel, même si les hommes de loi y abondent. American Tabloid et American Death Trip appuyaient cette thèse en explorant les coulisses de deux assassinats centraux dans la dramaturgie du XXe siècle : celui de John The K - comme ses amis gangsters appelaient Kennedy - et celui de Martin « Lucifer » King - comme le dénommait son ennemi Hoover. Underworld USA, qui couvre le mandat Nixon, soutient la même idée, mais ouvertement : « La véracité pure des textes sacrés et un contenu du niveau des feuilles à scandale », annonce l’un de ses personnages, fournissant du même coup un bon résumé des aspirations d’Ellroy. La rédaction d’un texte qui sanctifierait la vérité, non l’histoire, et appliquerait à celle-ci le traitement que les revues hollywoodiennes - qui passionnaient jadis le jeune Ellroy - réservent aux starlettes.

Mettre à nu les années 1968-1972. Ellroy sait qu’un tel projet passe d’abord par la langue, premier vecteur de l’esprit d’une époque. De là les inflexions traînantes que prennent ses Blancs racistes lorsqu’ils singent les Noirs (l’opération anti-Black power du FBI adopte l’intitulé révélateur de « méééchant frère »), de là les K qui Kontaminent le récit kand il évoke le Ku Klux Klan… N’en déplaise à ceux qui, déconcertés par la sécheresse de son écriture, prennent Ellroy pour un rédacteur de plans détaillés, ce dernier se veut aussi un formaliste. Mais un formaliste de roman noir, dont le style, au lieu de chercher la beauté, vise à restituer l’expression - souvent abjecte et brutale - propre aux milieux occultes. Ce que l’on nous montre s’explique par ce que l’on nous cache, et ce que l’on nous cache ne peut se raconter qu’en prenant les voix de ceux qui oeuvrent dans l’ombre. Ce parti pris transforme Underworld USA en vaste polyphonie policière, où interviennent quelques choeurs - l’ineffable et authentique troïka mafieuse formée de Santos Trafficante, de Carlos Marcello et de Sam Giancana - et de nombreux solistes : Hoover, patron indéboulonnable du FBI - puisqu’il détient, sous forme de dossiers, toutes les perversions des puissants -, dont le roman retrace la chute dans une sénilité le rendant plus dangereux encore ; le milliardaire Howard Hugues, dit « Dracula » en raison des litres de sang que sa psychose hygiéniste l’oblige à s’injecter ; le magouilleur Richard Nixon, soupçonné de sado-masochisme et allié des mafieux… La plume sarcastique d’Ellroy n’a pas besoin de se forcer pour donner à ces figures historiques l’allure de créatures jaillies de l’imagination d’un romancier noir.

Mais, comme toujours chez Ellroy, le beau rôle - la narration - appartient aux subalternes : le génial Crutch (réminiscence de la dérive passée de l’auteur), devenu détective privé grâce à une habitude discutable que son créateur partageait avec lui (« petit, tu veux faire le voyeur, je vais te payer pour cela ») ; l’agent Dwight Holly, rescapé des tomes précédents, « bras armé de la loi » et instrument des crimes de Hoover ; l’ex-policier Wayne Jr, enfant d’un cadre du Ku Klux Klan, parricide récent, que l’on retrouve soignant le cancer de sa complice, maîtresse et ex-belle-mère ; Marsh, flic noir cynique, génie de l’infiltration ; Scotty, flic blanc cynique, quatorze braqueurs au compteur (« Le hasard a voulu que je me trouve au fond de la boutique, avec un fusil à pompe Remington »)… À l’image des peintres des batailles d’antan, Ellroy s’intéresse au sort de chaque soldat. Et puisque les pantins se révèlent aussi marionnettistes, l’ensemble accède à la cohérence naturellement. Mille faits, cent fils narratifs relient les personnages, qui pourraient fournir la matière d’autant de paraboles policières sur la déchéance, la rédemption… Et d’autant de polars réalistes.

Comment la mafia a fait élire Nixon en sabotant la campagne Humphrey avec l’accord tacite du FBI. Comment le FBI a voulu déconsidérer les mouvements d’émancipation noirs en les impliquant dans le trafic d’héroïne. Comment le trafic d’héroïne a pu financer des attentats d’extrême droite à Cuba. Comment le Cuba de Batista - un paradis pour casinos mafieux - a failli ressusciter en République dominicaine… Et, au centre de ce noeud d’intrigues, l’énigme d’un braquage jamais éclaircie et la silhouette d’une charismatique militante, la Déesse rouge. Celle-ci appartient à la part ouvertement fictive du récit. Pour le reste, seul un spécialiste de la période pourrait démêler l’avéré du douteux. Le lecteur ordinaire, lui, se retrouve dans la peau d’un suspect cuisiné par un policier ellroyen. Matraqué de coups de poing, harcelé de fulgurances narquoises, la tête plongée dans un épais bouillon d’infimes secrets et de gros complots, il ne lui reste d’autre choix que de se ranger au credo de l’auteur : oui, c’est bien là, au fond du caniveau, que se joue le destin des États-Unis. L’histoire est un roman noir. Si cela ne grandit pas ses acteurs, le genre en sort anobli.

 

Les Demeures philosophales et le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’art sacré et l’ésotérisme du grand oeuvre - 2 volumes de Fulcanelli (Editions Fayard, 1976)

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Le second livre de Fulcanelli vient en suite logique au Mystère des Cathédrales dont il se montre, par surcroît, le développement abondant et précieux, dans le double domaine spirituel et physique du Grand Oeuvre. On y trouve d’abord une longue exposition, en divers chapitres, des connaissances philosophiques et scientifiques au Moyen Age, qui permet au lecteur d’accéder plus facilement au niveau supérieur où se situe l’alchimie. L’interprétation hermétique, sous la plume du grand Adepte, ne laisse pas de continuer à séduire par son originalité et à convaincre surtout par sa souveraine justesse. Elle s’étend donc à de nombreux monuments qui deviennent alors les demeures de la Sagesse, à bon droit bénéficiaires de l’épithète philosophales. Ainsi défilent, sous les yeux physiques et ceux de l’entendement, le manoir de la Salamandre à Lisieux, la maison d’Adam et Ève au Mans, la cheminée de Coulonge©sur©l’Autize, le château de Dampierre©sur©Boutonne, le tombeau de François II, duc de Bretagne, à Nantes, et beaucoup d’autres encore. L’ouvrage qui est réimprimé aujourd’hui apparaît plus actuel qu’en l’an l930, quand il sortit, à son tour, dans l’indifférence, quasi générale, à l’égard de l’alchimie dont il était la voix venue du fond des âges, en même temps que la voie conservée par l’unanime tradition. Conséquemment dépositaires de l’antique discipline d’Hermès, à l’instar du Mystère des Cathédrales, Les Demeures Philosophales présentent les vingt facettes triangulaires de l’intégrale connaissance et brillent de tous les feux de la jeunesse et de la perpétuité.

Les cathares : Brève histoire d’un mythe vivant de Henri Gougaud (Editions Points, 2008)

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” Chercheur de l’or du temps “, Henri Gougaud fait revivre ces siècles où quelques ” Parfaits ” faisaient trembler l’Église. Envoûté par les terres occitanes et leur poids de légende, le conteur déroule sa prose rigoureuse et intime. L’hérésie cathare n’est plus et pourtant sa mémoire demeure sans conteste plus vivante que jamais…



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