Un brûlot du très berlusconien ministre du Trésor. Cent mille exemplaires vendus. Des solutions simplistes : travail, famille, patrie, autorité, etc…
C’est vrai, il y a Gomorrhe de Roberto Saviano, traduit dans 33 pays, vendu à plus de 1 millions d’exemplaires. Mais, dans un tout autre registre, il y a aussi la Peur et l’espoir. Europe : l’arrivée de la crise globale et les moyens de s’en sortir…
Tout un programme, signé Giulo Tremonti, ministre de l’Economie de Silvio Berlusconi. L’inventeur de “la finance créative”, qui a fait fortune en apprenant aux riches comment payer moins d’impôts, a publier ce brûlot d’une centaine de pages deux mois avant le retour du Cavaliere aux affaires. Neuf éditions en quatre mois, avec une accélération des ventes depuis le retour de l’auteur aux manettes du Trésor, voilà qui en dit long sur les attentes des Italiens.
Au départ, le livre ressemble à un manifeste signé Naomi Klein. “C’est comme si l’univers était devenu un énorme supermarché. Nous sommes en train de consommer le futur de nos enfants. Nous avons les portables, mais nous manquons d’enfants, par manque de politiques sociales. Nous allons à Londres avec 20 € mais avec moins de 40 € au supermaché, le chariot est vide”, tonne l’ouvrage. Fichtre ! Une taupe anti-capitaliste au gouvernement Berlusconi ? Hélas… Ce début est traitre. Très vite, la politique du bouc émissaire vient en renfort. Tremonti a trouvé les origines de cette “grande crise italienne” comme il dit. Vous voulez des responsables ? Des noms ? Il y en a plein ! En vrac : les grands scandales financiers, la découvertes des subprimes, la hausse de la facture pétrolière, les turbulences de la Bourse… Manquent la flambée des prix du shampooing et les jupes courtes des Romaines ! Ce désespérant magma, affirme Giulio Tremonti, est l’enfant boiteux de l’Europe, une entité mortifère et rigide. Une Europe à la traîne, ridicule, affaiblie par des gouvernements incapables de coaliser (une flêche au cabinet Prodi)… Cette fois, la faute à qui ? A la gauche, répond l’auteur, qui la décrit comme tétanisée, dégénérée, qui ne parvient pas à ce moderniser.
Ainsi va l’univers des ministres berlusconiens : une vaste étendue promise au désastre, parsemée d’affreux barbares que la droite, vêtue d’une cape blanche, s’est promis d’éliminer. La Chine fait partie de ces barbares. Comme la gauche mais à un niveau international cette fois, elle porte en elle les germes de la catastrophe. Le fameux péril jaune sape l’Italie. “Nous risquons d’être colonisés par l’Asie. Mais l’heure est venue d’essayer de déjouer ce danger”, conclut Giulio Tremonti, avant de convoquer Platon. Et notre Paco Rabanne de l’économie décline sept règles d’or pour sauver le monde…
Sa vision idéale s’appelle valeur, famille, identité, autorité, responsabilité, fédéralisme. En somme, les grandes lignes du programme de la coalition ficelée par son patron. Mais tout cela sans analyser, démontrer, raisonner, argumenter. Les seuls ouvrages cités, ce sont les siens. Des références qu’il estime valables…
Encensée par la droite, décriée par la gauche, la Peur et l’Espoir fait beaucoup discuter. Durant les semaines qui on suivi sa publication, les télévisions ont multiplié les débats en piochant leurs invités dans les deux camps. La presse écrite a créé deux courants pour et contre, en publiant des passages clés de la pensée tremontienne, laquelle est brève : il faut anéantir la gauche européenne, terreau de tous les maux. Et faire confiance, à lui, Tremonti. Les électeurs de droite doivent savoir qu’il possède la science de l’économie, de la finance. Et que, grâce à lui, l’Italie va enfin relever la tête et échapper aux désordres de la globalisation, peinte comme l’apocalypse des temps modernes.
Seul hic : notre ministre frondeur reste caché. Pas d’intervention, ni de tribune, encore moins de débats publics. Il se garde bien de répondre à ceux qui affirment que la Peur et l’espoir égrène le programme budgétaire qui sera mis en oeuvres ces cinq prochaines années… Et c’est bien là le plus effrayant : le ministre dévoile ses projets, même les pires.