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Nouvelle génération X ?

mars 28th, 2009 by passionlivres

Comment envisager l’avenir dans un monde où les évènements nous prouvent régulièrement à quel point tout est relatif ? C’est en substance la question que pose Keith Gessen dans La Fabrique des jeunes gens tristes. Un premier roman désenchanté qui fait le bilan des espoirs perdus de la jeunesse américaine d’aujourd’hui.

 Né à Moscou en 1975, Keith Gessen alias Kostya Gessen, est un représentant de la dernière génération d’immigrés russes aux Etats-Unis. Rédacteur en chef du magazine littéraire new-yorkais n+1, fleuron de la nouvelle littérature US, plurielle et politiquement engagée, il est aussi très clairement l’un des nouveaux auteurs américains à suivre dans les années qui viennent, comme le prouve La Fabrique des jeunes gens tristes, son premier roman désabusé mais lucide. 

Une ère de sinistrose 

Peu de gens hors des USA peuvent réellement comprendre l’ambiance paranoïaque et sinistrée qui a régné sur le pays durant les années Bush. Keith Gessen met particulièrement en évidence ce mal de vivre et cette perte de repère dans son roman, sorte de catalogue des espoirs perdus de la jeunesse américaine, de 1998 à 2008. Une période durant laquelle les forces progressistes aux USA subissent défaites sur défaites.  C’est tout d’abord le mensonge sous serment du président Bill Clinton dans l’affaire Lewinsky et la procédure d’Impeachment mis en œuvre contre celui-ci. Puis l’investiture historique de George W. Bush à la tête de l’état après l’âpre bataille électorale qui l’oppose en 2000 à Al Gore, pourtant déclaré vainqueur avec dix milles voix d’avance. L’année d’après, deux avions décapitent le symbole financier du pays en rasant les tours du World Trade Center, ouvrant ainsi une ère sécuritaire sans commune mesure avec ce qui se pratiquait jusqu’alors. Commence alors la guerre contre le terrorisme et le troisième conflit Irakien qui voit le pays se mettre le monde à dos. Plus d’une décennie de catastrophes qui met à mal la population américaine, et particulièrement la génération de Keith Gessen.  

Le livre des vacuités 

C’est peut-être cela (en plus de son statut d’immigrant lui permettant de prendre du recul par rapport à l’histoire américaine) qui poussera l’écrivain à s’engager politiquement et à faire l’écho dans ses écrits, de son mécontentement et de son amertume vis-à-vis de la politique de son pays. Pour autant, Keith Gessen ne fait pas partie de ces auteurs qui rabâche le 11 septembre sur le mode du traumatisme social. Au contraire de beaucoup de ses contemporains, il met l’évènement en perspective avec ceux, plus ou moins liés, et tout aussi important, qui agitent le monde : le conflit Israélo-Palestinien, l’état de délabrement des institutions américaines, la crise financière.  

Mais s’ils s’agitent beaucoup, les protagonistes de La fabrique des jeunes gens tristes, Keith, Sam, Mark, Jullian, donnent l’impression d’avoir manqué quelque chose. Et c’est certainement là tout le problème de cette génération qui a entre 25 et 28 ans : l’impression de n’avoir rien vécu d’autres que de petits déboires sentimentaux, de s’être laissé mener par la sensualité et la facilité de la vie occidentale. Faute de vivre de grands moments au regard de l’histoire, les jeunes gens tristes semblent refuser de grandir. Chacun est au prise avec les vanités quotidiennes (l’indice google de l’un, les relations sexuelles de l’autre, etc.) et leur existence, finalement, n’est que ruptures, disputes, licenciements, démissions, déceptions.

Une nouvelle génération X ?

On retrouve chez Gessen cette proximité sociale que cultivaient déjà Douglas Coupland dans Génération X et Bret Easton Ellis avec Moins que zéro, mêlant échos des évènements extérieurs et l’intimité des personnages observés/décrits. Mais là où les deux branchés de la littérature des années 80 se vautraient sans complexe dans le confort d’une époque permissive et égoïste où ne comptait vraiment que l’individu, La Fabrique des jeunes gens tristes, avec la culpabilité présentée comme le leitmotiv d’une génération qui ne peut plus ignorer les fracas du monde qui l’entoure, signe un retour de la littérature américaine qui s’implique dans le domaine de la politique. Le livre se termine cependant sur une farouche note d’espoir, et ça, par les temps qui courent, c’est plutôt bien non ?

Keith Gessen, La Fabrique des jeunes gens tristes, éditions de L’Olivier, 2009.  

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