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Les neuf consciences du Malfini de Patrick Chamoiseau (Editions Gallimard, 2009)

mai 27th, 2009 by passionlivres

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Pour traiter le dernier roman de Patrick Chamoiseau, on aurait envie de citer Cyrano de Bergerac: «Aimez-vous à ce point les oiseaux/Que paternellement vous vous préoccupâtes/De tendre ce perchoir à leurs petites pattes?» Pourtant, l’aphorisme auquel on pense immédiatement, à la lecture des Neuf consciences du Malfini, nous vient de La Fontaine: «La raison du plus fort est toujours la meilleure.» Mais, en fin de compte, qui est vraiment le plus fort? La fable ornithologique de l’écrivain créole a, entre autres mérites, de poser la question. Le Malfini est la «toute-puissance», «la peur et le danger». Il aime «tuer», «frapper les chairs chaudes», «déchirer les muscles, éventrer, dérouler des boyaux» et «rares sont les créatures qui, au bruit de [ses] ailes, ne se soient mises à geindre et à trembler». Ce grand rapace, qui domine toute la région de Rabuchon, arrive aujourd’hui «au bout d’une dernière mue». Il se souvient alors de la découverte d’un animal qui a à jamais bouleversé tous ses repères et, même, sa vie.

 Au temps de sa «splendeur barbare», le Malfini a ainsi fait la connaissance d’une curieuse «engeance», au corps microscopique. «Leur espèce accusait une petite variété qui allait du petit à l’infime, de l’insignifiant à la plus négligeable des conformations.» Ces petits organismes, les Nocifs - devinez de qui parle Chamoiseau… - les appellent «colibris». D’abord méprisant, le rapace va pourtant être pris de passion pour ces minuscules êtres et, en particulier, pour deux d’entre eux, surnommés Colibri et Le Foufou. Impressionné par le courage et la ténacité de ce dernier alors que s’engage le «massacre des fleurs», le gigantesque Malfini va même finir par voir en lui son «petit maître»… C’est le point de départ d’un curieux roman initiatique qui va surpasser rapidement la potentielle naïveté de sa trame. Grâce à une écriture flamboyante et un ton onirique absolument fascinant, l’auteur de Texaco (prix Goncourt 1992) nous propose un plaidoyer écologique tout en finesse, doublé d’un conte philosophique et politique sur le pouvoir. Les neuf consciences du Malfini se closent d’ailleurs sur une série de règles, liste de «neuf commandements» dont le premier article, clin d’oeil à Edouard Glissant, prend des airs de morale de l’histoire: «Rien n’est vrai, tout est vivant.» 


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