Foule pas sentimentale
juin 2nd, 2009 by passionlivresJean Teulé raconte que c’est par hasard lors d’une consultation d’Internet, qu’il a rencontré le nom d’Hautefaye. Hautefay : un village tranquille du nord de l’Aquitaine, où, à la mi-août 1870, alors que la France mène la guerre contre la Prusse, doit se tenir une foire rurale. Alain de Monéys, jeune premier adjoint du maire de Beaussac, une minuscule ville des alentours, se rend à la foire. Il compte acheter une genisse pour une voisine indigente. Ses qualités humaines font l’unanimité. Pourtant, un malentendu anodin sur la place d’Hautefaye va signer sa perte. En deux heures, l’impensable se produit : Monéys est lynché par les 600 participants de la foire, avant de finir dévoré dans un méchoui improvisé.
Après le succès de Montespan, Jean Teulé ne narre pas seulement la chronique de son martyre. Il ne retrace pas non plus uniquement un atroce fait divers de l’histoire de France. Il démontre surtout, avec une minutie époustouflante, l’engrenage sacrificiel qui se mit en place. Il excelle à peindre, avec un humour noir, la façon dont le cercle des marchands et de leurs acheteurs se referme comme un piège sur Monéys. En 130 pages coupantes comme autant de lames, il revisite les étapes du crime et souligne que, dans sa confusion vengeresse, la foule des villageois prend la moindre rumeur pour argent comptant. C’est l’occasion pour le romancier de dresser l’inventaire clinique d’une paranoïa collective : “La foule recommence à chanter son air en son endroit : “C’est lui, lui !… la cause de nos malheurs !” […] Des colères arrivent bien vite au trot depuis […] les deux auberges situées au centre du bourg où les émeutiers ont alerté du monde : “On a trouvé un Prussien dans la foire - Un Prussien ?” Alors soudain, comme un orage horrible, énorme, tant de clameur déboule de partout aux oreilles d’Alain et il a peur.” Mangez-le si vous voulez ne culmine pas par hasard dans une méditation désenchanté sur la pulsion de mort qui soude toute communauté. Après leur coup de folie, les assassins dûment interrogés ont tous déclaré : “Je ne sais pas ce qui m’a pris.”
Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé, Julliard, 132 pages, 2009
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Posted in Actualités Littéraire |
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