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Un lézard au Congo de Gil Courtemanche (Editions Denoël, 2010)

décembre 17th, 2010 by passionlivres

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Tout comme les récits de Jean Hatzfeld sur le Rwanda, les précédents livres de Gil Courtemanche, dont Un dimanche à la piscine à Kigali (Denoël, 2000), laissaient imaginer le fonctionnement de la violence des guerres civiles et tueries en Afrique, en mettant au jour des témoignages, de victimes et de coupables, dans leur violence brute.Gil Courtemanche a été correspondant en Afrique pour Radio Canada et consultant auprès du procureur en chef de la Cour pénale internationale en 2008-2009. Il consacre ce Lézard au Congo à ceux qui recueillent ces témoignages, qui les analysent, qui sont chargés d’affronter cette violence indirecte et fascinés par ces versions modernes du Mal. En choisissant comme protagoniste de ce roman très documenté Claude, un grand spécialiste de l’Afrique, qui a consacré sa thèse aux crimes rwandais, et se trouve engagé comme consultant pour la Cour pénale internationale de la Haye, Courtemanche retourne en quelque sorte le micro vers lui-même. Claude est donc chargé de préparer le procès de Thomas Kabanga, chef de guerre congolais accusé, entre autres viols, amputations, et agressions sanglantes, d’avoir engagé de nombreux enfants soldats. Exilé du monde dans une chambre d’hôtel en banlieue de La Haye, dont le seul décor est un poster du leader congolais affiché au-dessus de son bureau, Claude n’a qu’une seule obsession : faire condamner ce criminel de guerre. Lorsqu’un vice de procédure entraîne la relaxe de Kabanga et son retour au Congo, Claude, qui ne connaît l’Afrique que par les livres et rapports d’experts, démissionne du tribunal et rejoint la ville de Bunia au Congo avec l’espoir de recueillir de nouvelles preuves contre Kabanga et de protéger les enfants-soldats qui sont toujours à sa merci. Celui qui n’était qu’un simple « chroniqueur de la violence et de l’inhumanité », s’y retrouve soudainement plongé. Ici pourrait débuter le récit d’une vie de saint sauveur ou de cow-boy mercenaire assoiffé de vengeance. L’incapacité à agir, les intimidations, la corruption, le désir de vengeance des anciennes victimes qui se muent si rapidement en bourreau l’engagent plutôt sur le chemin d’un destin de damné solitaire. Le cow-boy s’enferme au saloon, s’oublie entre les bras de prostituées, et ne trouve comme seuls compagnons qu’un lézard et des canettes de bière chaude. Cette dérive alcoolisée, forme de blues cauchemardesque d’un humanitaire revenu de ses idéaux, Courtemanche la décrit avec la même froideur lucide que l’horreur des crimes de guerre. C’est le face-à-face entre Kabanga et Claude, inégal, absurde en un certain sens, qui fait pourtant toute la force de ce roman : « Nous sommes tous les deux dans la même cour des accidents, lui de l’Histoire, moi de la vie. […] Il est ici parce qu’il a désiré le pouvoir. Je suis ici parce que je n’ai aucun pouvoir sur la vie. ».

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