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Bruce Springsteen, “Working class hero”

janvier 9th, 2011 by passionlivres

Pas le genre du Boss, d’éditer une simple compilation. Son album “The Promise” comporte 21 titres inédits de 1976. D’une foudroyante beauté.

Bruce Springsteen aurait-il cédé à la passion dévorante des majors pour les rééditions ? Non, The Promise est bien plus qu’une simple compilation d’hymnes spingsteeniens devenus des cantiques repris en choeur dans les stades du monde entier, c’est véritablement un nouvel album de Bruce Springsteen datant de… 1976. Le Boss n’est pas vraiment le genre de musicien à ressortir de ses fonds de tiroir des rebuts d’enregistrements à peine mixés. L’homme aux vocalises déchirées est toujours, trente ans plus tard, fidèle à ses racines modestes : humble, honnête et travailleur, un working class musician au service des déclassés du rêve américain. 

Et The Promise porte toutes ses promesses. Soit 21 titres inédits, dont des versions initiales de chansons - Racing In The Street, Because The Night, “offerte” à Patti Smith et jamais enregistrée par lui-même, Fire, Candy’s Boy ou Rendez-vous - parues sur Darkness On The Edge Of Town, son grand oeuvre au noir social sorti en 1978. Son album de “samouraï”, comme il le définit lui-même, “dépouillé jusqu’à l’os”. 

Un vrai “workaholic” 

Les 21 chansons de The Promise ont été rejetées, jugées trop optimistes par Springsteen et contredisant la noirceur et la puissance de Darkness On The Edge Of Town, sans doute le meilleur album du Boss. Un patron exigeant - ce n’est pas la moindre de ses qualités -, qui n’a jamais voulu être un produit commercial, que ce soit dans ses disques ou sur scène. Ses marathons scéniques de trois heures, bourrés de fougue et d’énergie, sont encore là, en 2010, pour le prouver. En 1976, Bruce Springsteen n’est encore qu’un jeune homme de 27 ans, auréolé de la gloire d’un disque, Born To Run, vendu à plus de 6 millions d’exemplaires. Un homme dans une impasse, pétrifié par le succès, par son image en une des plus grands journaux américains et, encore plus, par la mainmise de son manager, Mike Appel, auquel un procès va bien vite l’opposer. Verdict : Springsteen n’a plus le droit de publier de nouveaux morceaux pendant deux ans. 

Mais rien ne peut l’empêcher d’écrire et de répéter avec son groupe d’amis d’enfance du New Jersey, le E-Street Band. C’est ce qu’il s’empresse de faire en bon workaholic. Ce Boss-là veut écrire pour les invisibles, les perdants, les ordinaires, raconter les annales de cette bannière étoilée froissée et laborieuse, cette Amérique d’en bas dont il est devenu, depuis, le chroniqueur attitré, quelque part entre John Steinbeck, Woody Guthrie et John Ford. 

L’excellent documentaire de Thom Zimmy, The Promise : The Darkness On The Edge Of Town Story, inclus dans le coffret collector Darkness Of The Edge Of Town, rend parfaitement compte de cet état d’esprit et du difficile processus d’accouchement créatif, au travers de répétitions tournées en noir et blanc entre 1976 et 1978. On y voit un Springsteen au travail, perfectionniste, passionné, talentueux. Un souci qu’il garde encore, à 61 ans, en soignant à la virgule près ses ballades intimistes et ses fresques épiques rock-folk, et qui a, aujourd’hui, arraché aux griffes de l’oubli, ces archives, ce Promise foudroyant de beauté à l’usage des générations futures. 

The Promise, de Bruce Springsteen, 2 CD, Columbia/Sony. 

Coffret Deluxe Collector. Darkness On The Edge Of Town, livret de 80 p., 3 CD et 3 DVD, dont le documentaire de Thom Zimmy, The Promise : The Darkness On The Edge Of Town Story, Columbia/Sony. 



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